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2 Corinthiens 1, 3 "Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit."

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Pourquoi Jésus s’offre-t-il à manger ? On n’y pense plus, tellement nous y sommes habitués



mercredi 30 août 2017



L’eucharistie est un repas au cours duquel les fidèles sont amenés à recevoir le Corps du Christ et sont appelés à devenir eux-mêmes Corps du Christ. Par Etienne Grieu, jésuite. Publié le 28 juillet 2015.


Quand les croyants s’approchent de la table eucharistique le dimanche, à la messe, ils reçoivent un petit morceau de pain non levé. Celui qui distribue la communion leur présente l’hostie en disant : « Le corps du Christ. » Ils répondent « amen », ce qui veut dire : « C’est bien cela ! » Et ce petit morceau de pain leur est donné à manger. Étrange, non ?



On n’y pense plus, tellement nous y sommes habitués. Mais imaginons un anthropologue qui arrive de loin pour étudier ce groupe des « chrétiens pratiquants », il en aurait, des choses à noter ! Première chose : le rite des chrétiens fonctionne à l’envers. D’habitude, dans les religions, ce sont les humains qui nourrissent Dieu ; c’est nous qui devions lui donner à manger, pour lui faire plaisir, pour le contenter, pour calmer sa faim.


On pensait ainsi se « mettre bien » avec lui : comme on lui fait un petit cadeau sous cette forme de mets recherchés, on peut espérer qu’il nous rendra la pareille, sous forme d’une bonne santé, de récoltes abondantes, du succès dans nos entreprises, etc. Voilà quelle était – est-ce seulement du passé ? – la manière de se représenter nos rapports à la divinité.


Un Dieu désintéressé par les sacrifices


Mais le Dieu de la Bible n’est pas tout à fait comme cela. C’est lui le premier qui a pris soin de son peuple et qui l’a nourri quand il errait dans les déserts (Ex 16 : épisode de la manne). Et il ne s’est pas gêné pour dire, par la voix de ses prophètes, que les sacrifices ne sont pas ce qu’il attend, surtout quand ils sont chargés de couvrir le mal commis par ailleurs : « Que m’importent vos innombrables sacrifices, dit le Seigneur. Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux, je ne prends pas plaisir au sang des taureaux, des agneaux et des boucs (…). Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien ! (…). Si vous voulez bien obéir, vous mangerez les produits du terroir. Mais si vous refusez et vous rebellez, c’est l’épée qui vous mangera ! »


Ce petit passage d’Isaïe (extrait du chap. 1, v. 11-20) montre d’une part que Dieu n’entre pas dans le jeu de nos dons quand ils ne sont pas vraiment désintéressés, et d’autre part, qu’il prend au sérieux la question du manger, si importante à une époque où les peuples dépendent, pour leur substance, des aléas climatiques et de la paix avec les voisins : « Si vous voulez bien obéir – utrement dit, si je suis vraiment Dieu pour vous –, vous mangerez les produits du terroir. »


Et puis, cet extrait fait droit à un fantasme qui continue de nous habiter : la peur d’être mangé. Ce ne sont pas seulement les contes pour enfants qui en témoignent. Parmi nos pires cauchemars, il y a celui d’être réduit à l’état de pâture par une forme de monstre. Être dévoré, en effet, c’est pire que la mort : c’est être broyé, disloqué, perdre figure humaine, être dépossédé définitivement de son identité, laquelle est entièrement assimilée par un autre, sans qu’il ne reste rien de nous. C’est devenir une simple chose à disposition, qui, de plus, va servir à sustenter l’adversaire, le conforter, le fortifier.


Le don de soi de Jésus


Or, Jésus, la veille de sa Passion, dans un geste stupéfiant, a anticipé ce que tous redoutent : lui-même s’est désigné comme pain à manger et vin à boire pour ses disciples (parmi lesquels Judas, qui allait le trahir, et Pierre, qui le renierait) et pour la multitude (où l’on peut compter ses propres bourreaux).


Ce faisant, il a pris à rebours la violence, dont la visée était de le réduire à l’état de moins que rien, à un cadavre abandonné, à un objet de rebut. Elle voulait le faire taire, effacer toutes les paroles qu’il avait pu prononcer, le gommer entièrement de l’histoire. Et que fait Jésus ? La violence veut en faire un objet : soit ! Il se présente et se propose comme un objet, comme du pain, du vin. Mais la violence voulait surtout son silence. Or Jésus, en donnant par avance son Corps et son Sang, fait parler – et comment ! – ce pain et ce vin. Il en fait une réplique renversante à notre violence. Il la retourne comme un gant. Elle ne sera que l’occasion de cette Parole suréminente : « Ceci est mon corps, livré pour vous ; ceci est mon sang, le sang de l’alliance qui va être répandu pour une multitude. »


"Vous ferez cela en mémoire de moi."


C’est donc tout cela qui nous est donné quand nous approchons la table eucharistique. Nous avons rendez-vous avec ce Jésus de la Pâque, de la mort et de la Résurrection, qui s’offre comme nourriture, récapitulant en un geste ce qu’il n’a cessé de dire et de vivre : une existence livrée, qui se propose pour notre relèvement et qui, dans ce geste, se livre sans reste.


Les complications dans les rapports entre Dieu et l’humanité avaient commencé par une question de manger : « Dieu sait que le jour où vous mangerez du fruit de l’arbre, disait le serpent, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal » (Gn 3, 5). Il est, de fait, extrêmement tentant de croire qu’un objet va donner la solution à toutes nos questions. Un objet magique, en quelque sorte, dont je fais ma proie.


Nous avons depuis certes perfectionné nos objets magiques ; ce sont rarement des fruits, mais ils nous fascinent tout autant. Et nous les dévorons tout aussi bien, n’est-ce pas ? Eh bien, le Christ va nous chercher sur ce terrain, là où nous sommes en quête d’objets à saisir. Il propose des objets, du pain, du vin. Mais qui n’ont rien de magique, c’est-à-dire qui ne dotent d’aucun pouvoir spécial, ne font rien sans notre consentement, sans notre liberté. Il nous est proposé d’y reconnaître la présence réelle du Christ. L’eucharistie, c’est aussi cette éducation du regard.


L’eucharistie comme signe de la présence du Christ


Il n’est pas rare que manger et boire ensemble symbolise ou crée des liens forts entre les commensaux. Manger avec d’autres suppose d’abord de la confiance – il n’est pas évident d’accepter de recevoir des aliments préparés par des inconnus –, et puis c’est un temps heureux, de plaisir, mais aussi de partage.


Dans le cas du repas eucharistique, ces réalités sont portées à un degré tout à fait inhabituel. Aux participants est offert le fragment d’un pain qui est Corps du Christ ; cela veut dire que, désormais, ce Corps du Christ est à chercher non pas sur la patène – où il ne reste que quelques miettes –, mais dans cette assemblée.


C’est elle qui est Corps du Christ. D’ailleurs, nous le disons tout à fait explicitement : « Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit saint en un seul corps » (prière eucharistique II, épiclèse sur l’assemblée) ; « (…) quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ » (prière eucharistique III) ; « (…) accorde à tous ceux qui vont partager ce pain et boire à cette coupe d’être rassemblés par l’Esprit saint en un seul corps, pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire » (prière eucharistique IV).


L’eucharistie est donc un repas au cours duquel est remis le Corps du Christ ; les fidèles sont appelés à devenir eux-mêmes Corps du Christ. Ils passent en quelque sorte à l’intérieur de son corps et, ce faisant, ils sont inscrits en sa Pâque. Ce qui, il faut le reconnaître, n’est pas très confortable. Car ce Corps est avant tout corps… livré. Il est question, très justement, d’« offrande », dans la prière eucharistique IV.


Au terme du repas, les chrétiens se retrouvent dans la posture qui est celle du Christ : celle qui consiste à se risquer aux autres, radicalement, sans reste. C’est cela qu’il faut entendre quand le diacre les envoie : « Allez dans la paix du Christ ! » La paix du Christ, c’est celle que l’on trouve en se faisant nourriture pour les autres.


Étienne Grieu, jésuite, a contribué à l’ouvrage Trois générations de prêtres (éditions Salvator).



Voir en ligne : Pourquoi Jésus s’offre-t-il à manger ?



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